Présidentielles 2017/France: une élection à haut risque

Patrick Kamenka

Апрель 08, 2017



A quelques semaines du premier tour des élections présidentielles françaises, jamais un scrutin de ce niveau n’a paru aussi incertain du fait du nombre élevé des électeurs indécis qui seraient un mois avant les échéances à plus de 30%.
Cette élection apparait également à grand risque tant le Front national obtiendrait dans plusieurs sondages un étiage de 25% dans les intentions, avec une quasi certitude de voir son chef, Marine Le Pen, figurer au deuxième tour de l’élection (7 mai). Une sorte de tragique retour en arrière. En 2002, Jean-Marie Le Pen –le père de l’actuelle dirigeante du FN - était en effet arrivé au second tour de la présidentielle face à Jacques Chirac.
Autre caractéristique du scrutin de 2017 : l’incapacité des forces de la gauche et de leurs candidats (Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon) de présenter une candidature commune à la fois pour barrer la route au FN et à ses slogans populistes. Mais aussi pour redynamiser le peuple de gauche déçu par un quinquennat plus libéral que social et par un Parti socialiste démonétisé.

A 30 jours du scrutin, ce sont globalement onze candidats qui vont se présenter le 23 avril devant les électeurs français pour le premier tour de ces présidentielles qui ont été émaillées par une série de surprises et de rebondissements totalement inédits depuis le début de la campagne.

D’abord et avant tout, pour la première fois dans la V° République, le président sortant François Hollande a décidé de ne pas se représenter pour un deuxième mandat après un quinquennat (2012-2017) marqué par la poursuite d’une courbe ascendante du chômage (5 486 400 de chômeurs). Le chef de l’Etat avait fait de l’inversion de cette courbe la condition sine qua non de sa candidature pour une nouvelle candidature. Son retrait a été motivé par un risque de se voir battu faute d’avoir tenu les promesses faites en 2012 devant les Français : sur la renégociation des Traités européens, sur la rupture avec la finance face au champion de la droite Nicolas Sarkozy. Il a au contraire accentué une politique néo libérale en prônant une politique de l’offre, un rapprochement avec les dirigeants du patronat en détricotant les droits sociaux à travers plusieurs lois se mettant à dos son électorat notamment au sein des couches populaires et par une majorité de syndicats. L’exemple le plus flagrant qui a mis le feu aux poudres est sans contexte la Loi Travail accusée par ses contestataires de vouloir détruire le code du travail garant avec les services publics de la spécificité sociale à la française. Son vote a constitué sur le fond et la forme un tournant qualifié d’anti social par une grande majorité de salariés et d’organisations syndicales. Elle a conduit au rejet du gouvernement Hollande-Valls notamment après la répression violente de nombreuses manifestations contre ce dispositif, et surtout par l’organisation d’un vote sans débat sur ce texte devant le parlement grâce à l’usage de l’article 49,3 de la Constitution. Ces faits en fin de mandature ont scellé la rupture entre l’Elysée et la rue. Jamais une côte d’impopularité n’a été aussi basse pour un président en exercice.
En quittant le champ de bataille électoral, François Hollande a ouvert la porte à une primaire où les différentes tendances du Parti socialiste allaient s’affronter pour désigner le primus inter pares.
Surprise pour bon nombre de caciques du Parti majoritaire, le frondeur Benoit Hamon est sorti en tête de ce scrutin face à l’ancien premier ministre Manuel Valls, l’homme des réformes libérales qui se voyait jouer la relève de l’hôte de l’Elysée pour poursuivre les réformes. La défaite du chef du gouvernement pouvait être analysée comme une sorte de réponse du berger à la bergère socialiste pour qui trop c’était trop. Un sursaut en quelque sorte devant la déception des électeurs socialistes face aux renoncements et aux engagements de 2012, face surtout à la montée dans les classes populaires des idées du Front national, les risques d’un fort courant abstentionniste, mais aussi le rejet de la classe politique.

Les élections pour la primaire à droite avaient déjà peu auparavant plongé commentateurs et sondeurs dans un abîme de réflexion. Ils n’avaient en effet pas de doute sur le leadership de l’ancien premier ministre de Chirac et maire LR de Bordeaux Alain Juppé. Même si certains pariaient sur un retour de l’ancien président Nicolas Sarkozy. En réalité ce fut son ancien premier ministre François Fillon, représentant l’aile de la droite catholique ultra conservatrice qui remporta l’élection. Décidemment les medias mainstream et les instituts de sondage ont du mal ces derniers temps : ne sont-ils pas passés à côté du Brexit en Grande-Bretagne et n’ont ils pas échouer à voir venir la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis. Pour le camp de la droite, son champion, député du parti Les Républicains, était quasiment qualifié pour le 2ème de la présidentielle sans coup férir. Mais celui qui se présentait comme le « Monsieur Propre » de l’élection se voyait accusé après les révélations des média d’investigation comme l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaïné, d’avoir employé fictivement son épouse Pénélope comme assistante à l ‘Assemblée nationale. La justice l’a mis en examen le 15 mars dernier pour des soupçons d’emplois fictifs. Une bataille au sein de la droite pour trouver un plan B (Juppé ou Sarkozy?) a échoué. F. Fillon a maintenu coûte que coûte sa candidature en tenant de refaire le terrain perdu. En baisse dans les sondages il est crédité de 17,5% des intentions de vote.

Face à lui, Emmanuel Macron, 38 ans. Ancien ministre de l’Economie de François Hollande, ancien banquier il a fondé le Mouvement « En Marche » affirmant n’être ni de gauche ni de droite. Ses lois libérales qu’il a inspirées lors de son passage au gouvernement ne laissent pas de doute. Il tente dans la crise actuelle d’être le recours entre les courants sociaux libéraux et une partie des centristes (comme François Bayrou le leader du Modem). D’ailleurs l’aile droite du PS ne s’y trompe pas dans cette recomposition du paysage politique français, puisque Manuel Valls et d’autres dirigeants du PS s’engagent de plus en plus à ses côtés. Avec un programme attrape tout, il caracole en tête des sondages avec 25,5% devançant Marine Le Pen. Pour de nombreux analystes il pourrait être qualifié pour le second tour face à la candidate frontiste. Et il pourrait jouer alors la carte du vote utile pour faire battre l’extrême droite.

Mais si l’ancien banquier d’affaires Macron et ex conseiller du président Hollande devance de quelques points Marine Le Pen, le Front national reste menaçant, car aujourd’hui 32% des employés et 37% des ouvriers sont enclins à voter pour son programme qui prétend être dédiabolisé. Mais un programme qui en réalité met en concurrence les Français et immigrés, qui surfe sur les résultats des politiques d’austérité de l’Union européenne, sur les délocalisations des industries et les fermetures d’entreprises, sur les scandales financiers (démission du ministre de l’Intérieur Leroux). Le populisme joue en effet sur les peurs. Mme Le Pen utilise les répercussions des vagues migratoires en provenance du Proche Orient et les attentats en France perpétués au nom des fous d’Allah pour incriminer l’ensemble de la population de confession musulmane dans l’hexagone et pousser à la haine. Mais Marine Le Pen et son parti ne sont pas les chevaliers blancs de la politique car la justice est saisie d’une série d’affaires notamment concernant des collaborateurs au parlement européen où est élue la dirigeante frontiste.

Ce danger d’une présence de l’extrême droite au 2ème tour de la présidentielle aurait du logiquement conduire les dirigeants de la gauche alternative Benoît Hamon pour le PS et Jean-Luc Mélenchon pour la France Insoumise à trouver un langage commun et éviter d’aller devant les urnes désunis.
Le candidat du PS est crédité de 13,5% des intentions de vote juste devant le leader de la France Insoumise (13%). Un total qui permettrait à la gauche si ces intentions se confirment d’être en tête du premier tour. Mais pour l’heure chaque camp campe sur ses positions. M. Mélenchon a réuni en fin de semaine Place de la République, une lieu symbolique au cœur de Paris où trône la Marianne en bronze avec son rameau d’olivier, quelque 130.000 manifestants selon son mouvement. Un pari tenu qui lui a permis de prôner l’avènement de la VI° république contre la « monarchie présidentielle » si il était élu président de la République. Soutenu par le Parti communiste pour cette présidentielle, Jean Luc Mélenchon avait obtenu 11% aux présidentielles de 2012 sous les couleurs du Front de Gauche (PCF et Front de gauche). Mais reste entre les communistes et la France Insoumise l’épineux problème des législatives qui suivront la présidentielle. Cette fois Jean Luc Mélenchon a décidé de faire concurrence à son ancien allié et de présenter des candidats face aux communistes y compris dans leurs fiefs traditionnels.

Pour le 2ème tour les sondeurs pronostiquent déjà la victoire de Macron face à la dirigeante du FN avec 63% des voix contre 37% (slon une enquête Elabe).